Variations autour du chocolat, une histoire en une seule phrase.

On a soigneusement déplié le papier alu, ou carrément sectionné d’un coup sec la première barre à travers le fragile emballage, puis on choisit un carré, on est déjà moins pressé car la salive envahit la bouche, l’odeur douceâtre chatouille les narines, réveillant le palais buccal  qui frémit dans l’attente du premier contact, lisse et froid ; lorsque l’ambiance se réchauffe, libérant les arômes qui surgissent en force et viennent titiller les papilles, le sucré chatouille la pointe de l’organe, l’amertume en caresse les profondeurs, l’hypophyse danse la samba, le cortex applaudit, l’onctuosité enhardit la langue, elle vient langoureusement frotter le carré contre le palais, faisant fondre les coins : la substance se mue en une pastille arrondie que l’on vient usiner à petits coups gourmands, libérant le délicieux suc et sa sauvage suavité ; alors que les endorphines inondent le cerveau, déjà le premier carré n’est plus qu’un souvenir, vite, un deuxième prend sa place, pour ne pas perdre le fil ténu du plaisir, on s’active en accélérant le frottement, cherchant à retenir le bonheur qui s’estompe, mais hélas les papilles n’enregistrent plus rien, la bouche envahie d’une bouillie pâteuse, on chasse un carré avec l’autre, on croit retrouver l’extase, elle a déjà tourné au coin de la glotte, on ne déclenche que la frustration et de grands coups de dents rageurs qui écrasent le plaisir, saturent l’hypothalamus, affolent le pancréas, provoquent un écœurement nauséeux ; le papier alu gît, chiffonné, déjà déchet, toute gloire éteinte: seul témoin de notre faiblesse, il disparaîtra dans le bac à ordures en un claquement étouffé, ne laissant que la vague culpabilité, la sensation d’avoir déchu en cédant à la tentation des cinq cent cinquante calories d’amertume, amertume du dernier carré de chocolat.

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