Ne t’en vas pas, pas tout de suite
Reste avec moi encore un peu
Ne t’en vas pas, si tu me quittes
Qui sur moi posera les yeux ?

 

De ma naissance à mon grand âge,
Tu fus mon seul, unique amour
Tu fus mon ancre et mon rivage,
Retiens le temps encore un jour

 

Je ne suis plus vif ni alerte
Mais mon regard n’a pas changé
Comment survivrai-je à ta perte
Dans un refuge abandonné ?

 

Notre aventure se termine
Il n’y a plus de lendemain
Il faudra que seul je chemine
J’aimerais tant sentir ta main

 

Une dernière fois sur mon échine
Et tendrement au coin du feu,
Tout près de toi poser ma tête
Lorsque la tienne dodeline

 

Pardon Maître, ne sois pas triste
N’aie de crainte, pars maintenant
Je me conduis en égoïste
Libère toi de ton carcan

 

La souffrance qui te dévore
Je ne peux plus la supporter
J’attendrai seul que sonne l’heure
D’être à nouveau à ton côté

 

Je guiderai ton dernier souffle
De mon chant triste et lancinant
Je veillerai sur tes pantoufles,
Je patienterai, espérant

 

Que Charon vienne et me transporte
Aux Élysées où je pourrai
Sur ta couche poser la patte
Et te veiller l’éternité

 

Dans le vent froid de mon hiver
Je trouverai une routine
Au chenil des vieux chiens sans maître
Je mettrai mon âme en sourdine

 

Ne t’en vas pas, reste avec moi
Je t’en supplie, encore un peu
Je ne peux pas te dire adieu
Emmène-moi, emmène-moi !

 

Je sais garder les poules inquiètes
Je sais protéger ton sommeil
Je guetterai à la fenêtre
Je serai là à ton réveil

 

Ton regard s’est voilé de larmes
Ta main s’est posée sur mon dos
Sur tes genoux tout près de l’arme
J’ai glissé le bout du museau

 

Sans toi je ne suis qu’une vieille bête
Laisse moi partir avec toi
Dans le fusil la charge est prête
Je t’en supplie, emmène-moi

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